Elliot Maginot | Festival Eau Grand Air de Baie-Comeau

 

Elliot Maginot

Parce que les accidents se transforment parfois en feux d’artifice, c’est sans trop s’en rendre compte, presque malgré lui, que celui qui s’appellerait bientôt Elliot Maginot consigne sur une petite enregistreuse premier prix ses premiers fragments de chansons. Il avait beau s’être déjà dépensé au sein de quelques éphémères groupes de sous-sol, massacrant au passage les tubes skate-punk de ses années d’adolescence, Elliot n’envisageait pas encore la guitare comme instrument de réenchantement du monde. Il faudra qu’il traverse ce qu’il décrit lui-même comme «une période ermite» pour que l’instrument révèle entre ses mains tout son puissant pouvoir, toute sa capacité à consteller d’astres de mélodies le sombre ciel du quotidien. Il faudra aussi que son frère entende par hasard ces quelques bribes de musique, s’enthousiasme à l’écoute de ces refrains et couplets épars, pour que le jeune chanteur s’attèle à l’édification de véritables chansons. Grâce aux modestes mais salutaires ressources que recelait l’ordinateur de ce même frère, Elliot Maginot ornera ses refrains nouveaux, accumulera les couches de voix, construira de petites cathédrales d’ambiances chorales. Le premier EP issu de ces expérimentations, mis en ligne en 2013, creuse le sillon folk autant par goût (l’influence Nick Drake et de Bob Dylan) que par contrainte.

Elliot Maginot promet d’orbiter dans les sphères plus atmosphériques d’une pop onirique sur son premier album complet à paraître le 10 février 2015, une réalisation de Jace Lasek (Besnard Lakes, Suuns). La principale différence entre le jeune homme qui ne sortait pas beaucoup de chez lui et le Elliot Maginot qui se présente à nous maintenant? Disons que l’auteur-compositeur a entre-temps découvert toutes les formidables possibilités de réinvention de soi que lui autorisait ce processus alchimique qu’est la musique. Musique grâce à laquelle il peut aujourd’hui choisir d’être qui il veut bien être, grâce à laquelle il a enfin pu se soustraire aux contingences d’un quotidien qui menaçait de l’étouffer, grâce à laquelle il peut paradoxalement incarner, en dissimulant son vrai nom, la version la plus authentique de lui-même. D’où ce pseudonyme, Elliot Maginot, choisi sans raison précise. Parce que les accidents se transforment parfois en feux d’artifice, Elliot Maginot enregistrait presque sans s’en rendre compte des chansons qui nous éblouiraient de leur intense lumière enténébrée. Des accidents : il entend bien continuer d’en provoquer le plus souvent possible.

http://elliotmaginot.com/